Ergothérapie : mesurer l'autonomie, et le montrer

ADL, IADL, préhension, aides techniques : comment rendre visible le gain d'autonomie d'un patient, pour lui, pour sa famille et pour le prescripteur.

Un métier qui se juge sur la vie quotidienne

L'ergothérapeute ne rééduque pas une articulation : il rend une activité possible. Se laver seul, préparer un repas, écrire à l'école, reprendre un poste de travail. Le résultat se voit donc moins dans une mesure isolée que dans ce que le patient refait — ou ne refait toujours pas — une fois rentré chez lui.

Cette nature même complique le dossier. Là où d'autres métiers alignent des degrés et des scores, l'ergothérapie mêle des observations, des mises en situation et quelques échelles. Le risque est de tout écrire en texte libre, puis de ne plus rien pouvoir comparer six mois plus tard.

Deux chiffres qui structurent le suivi

Deux indices simples suffisent à donner une ossature chiffrée au dossier :

  • l'autonomie ADL (activités de base de la vie quotidienne), cotée de 0 à 6 : toilette, habillage, alimentation, transferts, continence, utilisation des toilettes ;
  • l'autonomie IADL (activités instrumentales), cotée de 0 à 8 : téléphone, courses, repas, entretien du logement, transports, médicaments, gestion du budget.

Relevés au bilan initial puis à chaque bilan intermédiaire, ces deux chiffres tracent une évolution que tout le monde comprend : le patient, sa famille, le médecin prescripteur et, le cas échéant, l'organisme qui finance la prise en charge.

Ce que le texte doit garder

Le reste du bilan reste descriptif, et c'est justifié :

  • préhension et gestes : qualité de la prise, coordination bimanuelle, gestes parasites ;
  • fonctions cognitives : attention, mémoire de travail, planification, telles qu'elles se manifestent dans l'activité ;
  • adaptation du domicile et de l'environnement : ce qui a été observé sur place, ce qui a été proposé, ce qui a été accepté ;
  • aides techniques : matériel essayé, matériel retenu, matériel abandonné — et pourquoi.

Cette dernière ligne mérite d'être tenue avec soin. Un fauteuil de douche refusé parce qu'il ne passe pas la porte de la salle de bain n'est pas un échec de rééducation : c'est une contrainte du domicile, et elle réapparaîtra au bilan suivant si elle n'est pas écrite.

Montrer le gain d'autonomie

Un gain d'autonomie se raconte mal et se montre bien. Lorsque l'ADL passe de 2 à 4 en trois mois, la courbe dit en une image ce qu'un paragraphe met dix lignes à établir. C'est utile au moment du renouvellement, mais aussi en séance : beaucoup de patients sous-estiment leurs progrès parce qu'ils comparent leur état d'aujourd'hui à celui d'avant l'accident, jamais à celui du mois dernier.

La condition est de relever les mêmes indices, de la même façon, à chaque bilan. Une échelle changée en cours de route rend la comparaison caduque — mieux vaut alors le noter explicitement que laisser croire à une régression.

Prescription, séances et coordination

L'ergothérapie s'inscrit presque toujours dans une prise en charge partagée : un médecin prescripteur, souvent un kinésithérapeute, parfois un orthophoniste ou un psychomotricien pour le même enfant. Deux points de vigilance en découlent.

D'abord le suivi du quota : le nombre de séances prescrites doit être visible en permanence, et le bilan de renouvellement anticipé plutôt que découvert. Ensuite la coordination : savoir qu'un patient est suivi par plusieurs métiers évite les doublons d'objectifs, sans que chacun ait besoin d'accéder au détail des bilans de l'autre.

La visite à domicile mérite son compte rendu

La visite au domicile est le moment où l'ergothérapie prend toute sa valeur, et paradoxalement celui dont il reste le moins de traces. On y voit la hauteur réelle du lit, la marche à l'entrée, la baignoire impossible à enjamber, la cuisine où rien n'est à portée. On y rencontre aussi l'aidant, dont l'état de fatigue pèse autant que la capacité du patient.

Ce qui doit en ressortir tient en trois points : ce qui a été constaté, ce qui a été proposé, et ce qui a été décidé — avec les réserves de la famille quand il y en a. Écrit le jour même, ce compte rendu sert de référence au bilan suivant et de document de travail pour le médecin ou l'organisme qui financera les aménagements.

Mettre en situation plutôt que faire déclarer

Un patient surestime souvent ce qu'il fait seul, et un aidant sous-estime parfois ce dont il est capable. Les deux sont de bonne foi. C'est pourquoi la cotation d'une activité gagne à s'appuyer sur une mise en situation courte plutôt que sur une déclaration : demander de se lever, de verser un verre d'eau, de boutonner une chemise.

La même remarque vaut pour le suivi : la mise en situation doit être identique d'un bilan à l'autre, sinon la comparaison mesure la consigne plutôt que le patient.

En pratique

Dans le module paramédical de Hakim-DZ, le bilan d'ergothérapie porte ses propres rubriques — ADL, IADL, préhension, fonctions cognitives, adaptation du domicile, aides techniques —, les deux indices d'autonomie se tracent d'un bilan à l'autre, et la fiche du patient montre les prises en charge de toutes les spécialités du cabinet, sans ouvrir le contenu des bilans des confrères.

Voir la page Paramédical.